Diderot by Arthur M. Wilson: Book Review in French and English/Critique de livre en français et en anglais.

Le tricentenaire de la naissance de Denis Diderot nous donne tous le plaisir de se perdre tranquillement dans un véritable tsunami de nouvelles recherches, mais aussi d’honorer les recherches que les spécialistes ont effectuées dans les années passées ; spécialistes qui ont dédiés leurs vies à nous éclairer sur la vie et les œuvres d’un homme extraordinaire qui ne cessait jamais de changer, d’évoluer, de surprendre, d’endurer, et bien sûr, d’aimer. Parmi ces spécialistes se trouve Arthur M. Wilson, auteur de Diderot (1972). Grâce à la vaste quantité de recherche impressionnante qui caractérise l’œuvre, ainsi qu’à son détail minutieux, son objectivité et sa sensibilité, Diderot reste une des meilleures biographies du philosophe, ainsi qu’une source indispensable sur ses œuvres. D’abord, discutons la valeur du livre en tant que source sur les œuvres de Diderot ; ensuite, examinons le traitement de la vie de Diderot dans le livre et pourquoi ce traitement est tellement efficace et émotif.

Ce livre est indispensable en tant que source sur les œuvres de Diderot pour trois raisons principales.  Dans un premier temps, on peut constater que même lorsqu’il s’agit de parler des œuvres du philosophe, Wilson prend toujours en compte l’objectif principal du livre –  raconter la vie de Diderot. Chaque œuvre n’est pas tout simplement résumée et jetée quelque part pour perturber le rythme du récit biographique. Au contraire, Wilson fait des liens constants, logiques et très intelligents entre la psychologie ; les émotions ; les intérêts de Diderot à un certain moment, et les œuvres qu’il écrivait à cette époque. On peut se référer, par exemple, au magnifique chapitre sur Le Neveu de Rameau. Chef d’œuvre commencé après l’échec (presque) du Père de famille à la Comédie Française, Le Neveu de Rameau, selon Wilson, a été né de la frustration que ressentait Diderot envers les ennemis hypocrites et ignorants de l’Encyclopédie, ainsi que de sa peur agonisante qu’il n’était pas un génie, mais un raté.

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Cette peur de ne pas être génie est particulièrement pertinente à la deuxième raison pour laquelle Diderot est un ouvrage indispensable sur les œuvres du philosophe, c’est-à-dire la profondeur que démontre l’ouvrage dans son traitement de la question de qui a influencé Diderot. Les ennemis de L’Encyclopédie adoraient accuser ses auteurs de plagiat, accusation parfois justifiée que Wilson examine en profondeur impressionnant. Bien que Wilson cite des influences célèbres comme Shaftesbury, Locke, etc., son traitement expert des influences moins connues a dû nécessiter, d’abord, la lecture d’une quantité infinie de correspondance, de pamphlets, de magazines et des pièces du théâtre et ensuite, un pouvoir considérable dans les domaines du raisonnement déductif et d’analyse littéraire. De plus, sa discussion charmante du plagiat au dix-huitième siècle est essentielle et très utile pour nous fait comprendre les raisons pour lesquelles cette question complexe de « qui a influencé qui » joue un rôle tellement important dans les études de presque chaque homme de lettres du dix-huitième siècle, et nous donne des outils pour se poser la question sans nous dire que penser, une qualité admirable chez un critique.

Le traitement méticuleux et surtout minutieux de L’Encyclopédie dans le livre est notre troisième raison pour laquelle Diderot est un ouvrage indispensable sur les œuvres du philosophe. Wilson nous accorde une compréhension scrupuleuse des articles les plus importants et les plus provocateurs qui ont été écrits par des grands génies des Lumières comme D’Alembert, ainsi que des articles moins intéressants qui cachaient des esprits moins brillants, mais plus nobles et plus endurants, comme De Jaucourt. Cette manière de discuter L’Encyclopédie dans son propre esprit est appropriée et très admirable.

Hm.

Hm.

Passons maintenant à comment Wilson représente la vie de Diderot dans le livre et pourquoi cette représentation est tellement efficace, mais émotive aussi. Wilson a accompli une tâche herculéenne dans la manière dont il a consacré des années et des années de sa vie à cette vaste recherche exhaustive des archives, des bibliothèques, des correspondances et de mille autres documents et endroits pour trouver la plus petite chose qui pourrait nous dire quelque chose sur Diderot à un certain moment : Où était-il ? Que faisait-il ? Que ressentait-il ? Et bien sûr, que disait-il? Cependant, toute cette recherche ne vaut rien si l’on ne sait pas l’utiliser, et c’est dans ce domaine que Wilson est doué d’une manière redoutable. Il a le savoir et la sensibilité d’un romancier, mais la justesse et l’objectivité d’un critique, évoquant la raison et les émotions du lecteur. Il y a d’innombrables exemples de cette objectivité, et surtout de cette sensibilité dans le livre. D’abord, Wilson raconte la fameuse rupture avec Rousseau avec la précision d’un avocat, mais il arrive aussi à provoquer une grande tristesse chez le lecteur dans ce chapitre particulier et à chaque fois qu’on voit le nom de Rousseau après l’avoir lu. Deuxièmement, on s’amuse infiniment à lire des descriptions vives des dîners et des séjours à Grandval, tout en savant que parfois, Diderot les trouvait insupportables. Troisièmement, bien au courant de son intelligence, on lève les yeux au ciel à chaque fois qu’on voit le nom de Fréron. Quatrièmement, chaque anecdote charmant, ex. Madame de Pompadour monte à son entresol minuscule pour rendre visite à la foule de philosophes qui s’y entassent et qui ne consentent pas de descendre à ses appartements, nous fait sourire et rire, même si l’on a envie d’étrangler ces philosophes pour ce comportement audacieux envers une femme qui était de leur côté. Et finalement, il y a Diderot lui-même, dans toute sa complexité et son éloquence. Wilson le loue quand il le mérite et le critique quand il le mérite. Cette méthode de traiter Diderot comme un être humain et pas comme un géant intouchable est très émotive, car le génie de Diderot, sa personnalité lumineuse, sa pensée, sa conversation parfois bouleversante, son dévouement, sa compassion, et son émotion le rendent plus extraordinaire en tant qu’être humain. Le lecteur se trouve capable de penser à ce grand homme avec affection et de le plaindre quand il est angoissé. Le lecteur représente la postérité qui soutenait Diderot pendant ses batailles sans fin contre les censeurs et pendant qu’il travaillait sur ses meilleures œuvres qui resteraient abandonnées dans un tiroir jusqu’à sa mort. « Ne renonce pas à ton travail ! » on a envie de lui dire, « On est là, et on veut le lire ! ». Le fait que Wilson est capable d’inspirer ce genre d’émotion chez un lecteur, dans un texte académique, et qu’il est capable de nous faire parler au philosophe à l’informel sans y penser (désolée !) démontre la haute qualité émotive de son style d’écriture, ainsi que son propre amour pour Diderot et pour son œuvre.

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Pour conclure, parlons des observations que nous avons faites sur Diderot. Dans la première partie, nous avons établi la valeur de ce livre en tant que source sur les œuvres de Diderot. Nous avons examiné cette question dans le cadre de la juxtaposition excellente des discussions sur les œuvres de Diderot avec son psychologie ; dans celui de la question des influences diderotiennes et finalement, dans celui du traitement détaillé de L’Encyclopédie et des ces auteurs, célèbres et inconnus. Dans la deuxième partie, nous avons discuté la représentation de la vie de Diderot dans le livre, et comment le style à la fois objectif et émotif de Wilson contribue à l’efficacité de ce livre. Finalement, en conclusion, nous allons tout simplement souhaiter un bon « Diderot 2013 » aux étudiants, aux experts et aux passionnés : ce livre est pour nous tous.

A Note to English Readers

The review in English is not quite a translation of the French review. The French have a very specific, analytical way of writing about literature that I’ve adapted slightly to suit a blog audience but that still does not translate well to English. English is my mother tongue; French is my second language, so I’ve allowed myself my usual elaborate eccentricities. The English review is more a case of liberties taken + cultural substitution than of translation. Plus, any atrocities perpetrated have been done to my own work, so no harm done. Here’s the review.

The tercentenary of Denis Diderot’s birth gives us the pleasure of calmly losing ourselves in a tsunami wave of new research, as well as that of honouring research done in the past by specialists who have devoted their lives to enlightening us about the life and work of an extraordinary man who lived in a state of constant flux, his ideas forever changing, evolving and surprising, his devotion to his work enduring, and his love for his fellow man ever present, sometimes in spite of himself. Arthur M. Wilson is one of these specialists, and his biography, Diderot (1972), remains one of the best ever written about the philosophe and his work by virtue of its excruciating detail, objectivity and emotional sensitivity. Its value lies in two different areas: the portrayal of Diderot’s work and the portrayal of Diderot himself, two things that often overlap and very easily become confused. Wilson walks the line between the two like an expert tight rope walker and doesn’t lose control once. We mortals down here will separate out Diderot’s work and life, and see how Wilson’s portrayal of both comes together in this stunning biography.

One of Wilson’s major strengths in writing about Diderot’s works is that no matter how complex the ideas he has to convey, he never loses sight of the book’s main objective – telling Diderot’s life story. He doesn’t write isolated analyses of Diderot’s works and insert them in places so inopportune that their existence upsets the entire rhythm of things. Instead, he makes constant, logical and highly intelligent connections between what Diderot’s psychology, interests and emotions were at a particular time and what he was writing at that time. This is a brilliant strategy to employ when dealing with a highly emotional man, and results in many stunning chapters, notably that dealing with Le Neveu de Rameau, a masterpiece written at a time when Diderot was seething with frustration at the sort-of failure of his play, Le Père de Famille at the Comédie Française. Years of accumulated anger and grief against the ignorant and hypocritical enemies of the Encyclopédie came pouring out of him in the most reasoned, intellectual and near-deadly way possible, his anger heavily laced with a lingering fear that he was not, in fact, a literary genius, but a complete failure.

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This point of view was openly supported by most of the aforementioned enemies of the Encyclopédie, who also took a perverse glee in making (sometimes justified) accusations of perjury. This is an issue that Wilson tackles constantly when writing about Diderot’s works, as the philosophe was fond of being inspired and often took inspiration of varying kinds from a huge number of different sources. Wilson does mention the most famous influences (Shaftesbury, Locke), but it is his investigation of lesser-known sources that is truly impressive and makes the greatest contribution to our understanding of Diderot’s influences. It must have required him to read an infinite number of letters, pamphlets, magazines and plays and to demonstrate considerable powers of deductive reasoning and literary analysis. In addition to this constant work on Diderot’s influences, Wilson also leads a charming discussion on the perception of plagiarism in the eighteenth century, a perception so vastly different from our own that it makes the mind boggle as to whether or not the Encyclopédie’s ‘borrowings’ were justified or not. Wilson doesn’t tell us what we should think about it, but he does give us the tools to think the issue over by ourselves, a quality greatly to be admired in a critic.

Hm.

Hm.

Speaking of the Encyclopédie, it is Wilson’s portrayal of this great work of reference that plays a major role in the sheer scope of his writings on Diderot’s works. He writes about the contents of each volume in meticulous detail, and not only gives us a comprehensive understanding of the most important and controversial articles and the Enlightenment geniuses like D’Alembert who wrote them, but a vision of the faces behind the less interesting articles that were contributed by people who were less brilliant, but who were infinitely more noble and enduring in spirit, such as the ever-present De Jaucourt. It’s writing about the Encyclopédie in its own spirit.

Wilson’s portrayal of Diderot’s life is just as meticulous, detailed and effective as that of his works. It is also, to a very large degree, emotive. Wilson has performed a herculean feat in order to deliver this level of writing biography:  he has devoted years and years of his life to vast and exhaustive research in archives, libraries, correspondences and a thousand other documents, merely to find the smallest thing that could tell us something about Diderot at a particular moment in time: where was he? What was he doing? What was he feeling? And of course, what was he saying? All this research is worth nothing, however, if one doesn’t know how to use it, and it is in this that Wilson is formidably gifted. He has the expertise and sensitivity of a novelist, but the accuracy and objectivity of a critic. He uses these qualities to great effect in the book, engaging both the emotion and the reason of the reader. For instance, Wilson tells the story of Diderot’s famous argument with Rousseau with the precision of a lawyer, but also manages to evoke great sadness in the reader, both in this chapter and every other time you see the name Rousseau once you’ve read it. The vivid descriptions of the dinners and visits at Grandval amuse us immensely, even though we know that Diderot sometimes found them intolerable. And while we may be perfectly aware of his intelligence, we find ourselves rolling our eyes each time we see Fréron’s name. Every charming anecdote, ex: Madame de Pompadour goes up to her own tiny entresol to visit the crowd of philosophers who have crammed themselves into it and refuse to come down to her apartments, makes us smile and laugh, despite our wanting to strangle the aforementioned philosophers for their cheekiness towards a woman who was on their side. And finally, there’s Diderot himself, in all his complexity and eloquence. Wilson praises him when he deserves it and criticises him when he deserves it. Treating Diderot like a human being rather like an untouchable giant is effective and very moving, because Diderot’s genius, his luminous personality, his mind, his brilliant conversation, his devotion, his compassion and his emotion make him all the more extraordinary for being human. The reader finds him or herself thinking of this great man with affection, and pitying him in his moments of distress. The reader represents the idea of posterity that supported Diderot throughout his endless battles with the censors and while he was writing his best works that lay in a drawer until he died. ‘Don’t stop your work!’ you want to say to him, ‘We’re here, and we want to read it!’ The fact that Wilson can inspire this kind of emotion in the reader of an academic text and that’s he’s capable of making us address le philosophe in the informal (sorry!), demonstrates the high emotional quality of his writing style, as well as his own love for Diderot and his works.

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To conclude, let us simply wish a happy “Diderot 2013” to students, experts and passionate amateurs: this book is for all of us.

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